Les bretteurs dans toute leur splendeur

Il y a gens qui sont toujours de là bas, là bas par delà la forêt, ou là bas sur l'autre versant de la montagne, voire simplement d'un autre quartier de la ville situé là bas...

Mais ce qui est sûr, c'est que si on vous demande d'où il vient la réponse la plus probable sera toujours : 'Mais il n'est pas d'ici ce type, je vous le jure! Je ne l'ai même jamais vu de ma vie, monsieur le magistrat, qu'est-ce qui peut bien vous faire croire que je l'aurais engagé?'

Bref des gens qui voyagent beaucoup et vivent des menus services qu'ils accomplissent pour leurs aimables mécènes, ne laissant derrière eux qu'un humble surnom, une impression différente de ville en ville et peut être deux-trois histoires...

Souriant, l'aimable, le danseur... Allez savoir sous quel nom celui ci ce fait appeler en ce moment par chez vous?

Les services qu'il apprécie rendre? Relation publique, organisation de voyage spécialisé dans les allers simples pour personnes à mobilité réduite (corde à vos frais, bris de genou en option), voire simplement vous permettre d'aider l'un de vos amis chers à faire son trou de manière définitive, que se soit au fond de votre jardin ou juste par là bas...

L'énigmatique Monsieur Gé a plus d'un tour dans son sac. Noble, bourgeois, officier de la marine royale, maître d'arme, il lui est tout à fait possible de retourner sa veste pour se rendre gueux, pirate, comploteur, traîne-rapière, soldat ou simple passant, avec une aisance déconcertante. Son passé est trouble, s'il en a eu un. Nul ne sait comment cet arriviste s'est retrouvé au sein des Bretteurs de Saint-Jean. Si on lui pose la question, il élude simplement ou réponds qu'il est, c'est tout. Toujours fourré dans de mauvais coups, il entraîne régulièrement la troupe des Bretteurs de Saint-Jean dans ses combines douteuses, et il en retire on ne sait comment fortune et renommée.

Monsieur Gé passe pour un noble hautain et méprisant, sûr de lui et maniéré que les fréquents déboires n'arrêtent cependant pas. Il n'hésiterait pas à tuer quiconque se mettrait en travers de sa route, pourvu que cela serve ses intérêts - et qu'il en soit capable. Néanmoins, il faut lui reconnaître un certain talent pour ce qui est de se sortir de situations périlleuses, de soutirer le meilleur de son entourage et de se trouver au bon endroit au bon moment. Il reconnait sans ambages être un opportuniste patenté et traverse la plupart des situations avec un mélange de chance insolente et de maîtrise du momentum.

Profitant de ses qualités au maximum, il est un habile pourvoyeur pour toute personne réclamant des services particuliers : il se charge de la mise en relations de personnes ayant des intérêts communs, dégotte les outils humains ou matériels pour toutes sortes de "chantier". Trainant autant dans la haute société que dans les basses-cours, son sens de l'organisation et ses talents oratoires en font un parfait logisticien. Il n'est jamais mieux accueilli chez les Bretteurs que lorsqu'il entre en matière par : "Les gars, je nous ai dégotté une mission, et il y a de la maille à la clef..."

 Fille de maître-forgeron, Caroline "Hobbit" a grandi dans la fascination du métal et de la puissance qui s'en dégageait. N'aspirant qu'à reprendre la forge de son père, elle a travaillé d'arrache-pied, ne rechignant devant aucune tâche, fut-elle ingrate, pour prouver sa légitimité. C'est lors d'une livraison d'armes qu'elle rencontra des "clients intéressants", selon ses dires, chez les Bretteurs de Saint-Jean. Elle les regardait s'entraîner sur le peu de temps libre qu'elle s'accordait, et essayait gauchement de reproduire leurs techniques. Cela amusait beaucoup les Bretteurs, et ils lui montrèrent qu'une lame n'était pas un marteau, et qu'un adversaire motivé réagissait différemment d'une enclume.

 

 Elle combat avec tout type d'arme suivant un style qui lui est propre et qu'elle développe au fur et à mesure. D'un caractère aussi bouillant que la forge de son père, il lui est complexe de maîtriser son tempérament plutôt brut pour apprécier la finesse et la précision mortelle de cet art de la brette. Elle n'arrive pas à appréhender le fait que des grands maîtres ont théorisé l'escrime : pour elle, cela se vit, sans réfléchir. Son imagination en la matière fait des merveilles, sortant sans cesse de nouvelles techniques, qui surprennent ses adversaires. L'efficacité n'est pas toujours au rendez-vous, cependant, mais ses compagnons pallient heureusement à ses défauts.

Si vous en apercevez une, l’autre n’est certainement pas loin.

Lors de sa jeunesse Nadia n’était qu’une roturière en quête de fortune. Pour parvenir à ses fins, elle ne reculait devant rien : de l’arnaque (déguisée en grande dame, elle séduisait de jeunes nobles un peu naïfs, qu’au petit matin, elle délestait prestement de leur or), en passant par le vol, et ne reculant pas non plus devant quelques assassinats, lorsque la récompense était suffisamment importante. Son méfait perpétré, elle quittait la ville où elle venait de sévir, pour reprendre ses affaires dans une autre.

Mais, suite à l’une de ses arnaques, elle se trouva enceinte, ce qui ne lui permit plus de s’adonner à son « commerce ». Pour se procurer des revenus, elle tenta de faire chanter le gentilhomme fautif, mais cette manœuvre eut pour seul résultat de mettre à ses trousses les forces de la Maréchaussée, et elle fut contrainte de quitter promptement le pays. Certaines rumeurs rapportèrent qu’elle était partie très loin à l'est, mais on n’en sait guère plus.

Vingt années s’écoulèrent avant que l’on vit réapparaître, cette femme mature, accompagnée d’une jeune fille, impertinente, menteuse et voleuse, prénommée Anna.

Sont-elles mère et fille, ou simplement maître et disciple ? Difficile à dire. Et inutile de leur poser la question : à chaque fois, la réponse diffère selon leur humeur du moment. Mais quelque soit le lien qui les unit, il semble indéfectible. Bien qu’elles soient sans cesse en train de se quereller et de se bagarrer, ne tentez pas de vous en prendre à l’une d’elles, car aussitôt elles feront front, et c’est à deux furies que vous aurez à faire.

En Asie, elles furent initiées aux arts martiaux, mais une fois rentrées en Royaume de France, elles voulurent apprendre l’art de la brette. En effet, comme le dit Mr Gé à propos d'elles, quand on lui demande, si fueris Romae, Romano vivito more; si fueris alibi, vivito sicut ibi, ou plus communément "Si tu es à Rome, vis comme les Romains; si tu es ailleurs, vis comme on y vit".

Elles repérèrent l’auberge dans laquelle venait souvent se saouler un groupe de Bretteurs et s’y rendirent un soir, pour leur demander de leur enseigner leur art. Mais ne pouvant résister, Anna tenta de subtiliser la bourse pleine d’or qu’un jeune nobliau avait posée sur la table. Le dénommé Tan tenta de l’arrêter, mais avec une rapidité déconcertante, le pied de la jeune fille atteignit une partie délicate de l’anatomie de la Brute. Un lourd silence plomba alors l’atmosphère de l’auberge… puis un éclat de rire tonitruant retentit : « Tu me plais bien toi ! »

C’est ainsi qu’elles firent la connaissance des Bretteurs qui acceptèrent de les initier à l’art de la Rapière (après avoir rendu la bourse).